Formation médicale, repensée.
Trois cours complets pour le médecin généraliste, fondés sur les recommandations les plus récentes et adaptés à la réalité du cabinet en Tunisie. Chaque module combine cours synthétique, cas clinique, QCM commenté et algorithme décisionnel.
Sources de référence
- 1. ESC 2024 — Management of elevated blood pressure and hypertension
- 2. IDSA 2025 — Complicated Urinary Tract Infections
- 3. AAP Bronchiolitis 2014 (réaffirmée 2024) + RSV Prevention 2025
- 4. Adaptations CNAM Tunisie · médicaments locaux disponibles
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Hypertension artérielle : la révolution ESC 2024
Nouveaux seuils, nouvelle classification « PA élevée », bithérapie d'emblée, place des SGLT2i, dépistage de l'hyperaldostéronisme.
Infections urinaires : refonte IDSA 2025
Nouvelle classification, antibiothérapie de 1ʳᵉ ligne, durées raccourcies, place des fluoroquinolones, switch IV→PO.
Bronchiolite : moins en faire, mieux soigner
Diagnostic clinique, soins de support, critères d'hospitalisation, place du nirsévimab et de la vaccination maternelle.
Hypertension artérielle
D'après les ESC 2024 Guidelines for the management of elevated blood pressure and hypertension · Eur Heart J 2024
Le cours
Définition et épidémiologie
L'hypertension artérielle (HTA) reste la première cause modifiable de mortalité cardiovasculaire mondiale. En Tunisie, sa prévalence est estimée à 30-35 % chez l'adulte, avec un taux de contrôle inférieur à 30 %. Le médecin généraliste est en première ligne pour son dépistage, son diagnostic et son suivi.
Les ESC 2024 ont introduit une nouvelle classification simplifiée en trois catégories, fondée sur la mesure de PA en cabinet (au moins deux mesures, à deux consultations distinctes, avec appareil validé).
| Catégorie | PAS (mmHg) | PAD (mmHg) | Conduite |
|---|---|---|---|
| PA non élevée | < 120 | < 70 | Hygiène de vie, suivi à 5 ans |
| PA élevée (nouveau) | 120-139 | 70-89 | Évaluation risque CV, traitement si haut risque |
| Hypertension | ≥ 140 | ≥ 90 | Confirmation hors cabinet, traitement |
Physiopathologie en bref
L'HTA résulte d'une interaction complexe entre facteurs génétiques, environnementaux (excès de sel, sédentarité, alcool, stress, obésité) et hormonaux (système rénine-angiotensine-aldostérone, catécholamines). 90-95 % des HTA sont essentielles ; 5-10 % sont secondaires (hyperaldostéronisme primaire +++, sténose des artères rénales, phéochromocytome, Cushing, SAOS).
Confirmer le diagnostic
La PA mesurée au cabinet est sujette à l'effet blouse blanche (PA cabinet élevée mais normale en ambulatoire) et à l'HTA masquée (PA cabinet normale mais élevée en ambulatoire). Les ESC 2024 renforcent fortement la place des mesures hors cabinet.
Méthode de mesure correcte au cabinet :
- Patient au repos depuis 5 minutes, assis, dos calé, pieds au sol
- Brassard adapté au tour de bras, posé sur peau nue
- Bras à hauteur du cœur, au repos sur la table
- Au moins 2 mesures espacées d'1-2 minutes ; faire la moyenne
- Mesurer aux deux bras à la 1ʳᵉ consultation (retenir la valeur la plus élevée)
- Pas de tabac, café, ou exercice dans les 30 minutes précédentes
Mesure ambulatoire (essentielle !)
| Méthode | Seuils HTA | Avantages |
|---|---|---|
| MAPA 24 h | Diurne ≥ 135/85 Nocturne ≥ 120/70 24h ≥ 130/80 | Référence, détection « non-dippers », HTA nocturne |
| Auto-mesure (HBPM) | Moyenne ≥ 135/85 | Disponible, observance, suivi long terme |
Protocole d'auto-mesure recommandé : appareil oscillométrique validé au bras, 3 mesures matin + 3 mesures soir pendant 7 jours consécutifs ; éliminer le 1ᵉʳ jour ; faire la moyenne des autres mesures.
Bilan initial du patient hypertendu
Le bilan vise à : (1) confirmer le diagnostic, (2) évaluer le retentissement (atteinte d'organes cibles), (3) chercher une cause secondaire, (4) stratifier le risque cardiovasculaire global.
| Examen | Recherche |
|---|---|
| Ionogramme + créat + DFG | IRC, hypokaliémie (orientation hyperaldo) |
| Glycémie à jeun + HbA1c | Diabète associé |
| Bilan lipidique (EAL) | Risque CV global |
| BU + microalbuminurie | Atteinte rénale précoce |
| ECG 12 dérivations | HVG, ischémie, troubles du rythme |
| NFS · TSH · acide urique | Bilan général · comorbidités |
| Rapport aldostérone/rénine (nouveau) | Hyperaldostéronisme primaire (5-10 % des HTA !) |
Évaluation du risque cardiovasculaire
Utiliser SCORE2 (40-69 ans) ou SCORE2-OP (70-89 ans). Patients automatiquement haut risque : ATCD de maladie CV, diabète avec atteinte d'organe, IRC sévère, hypercholestérolémie familiale, HTA grade 3 (≥ 180/110).
Mesures hygiéno-diététiques (à TOUS les patients)
- Réduction du sel : viser < 5 g/j (~ 2 g de sodium). Effet attendu : -4 à -5 mmHg de PAS
- Augmentation du potassium alimentaire (fruits, légumes, légumineuses) sauf si IRC. Nouveauté ESC 2024
- Activité physique : ≥ 150 min/sem aérobie modérée + renforcement 2-3 fois/sem
- Perte de poids si IMC > 25 (1 kg perdu = ~1 mmHg de PAS en moins)
- Réduction de l'alcool : < 100 g/sem ; l'abstinence est préférée selon ESC 2024
- Arrêt du tabac : impact CV majeur
- Régime DASH ou méditerranéen : -8 à -14 mmHg de PAS
Traitement médicamenteux : la stratégie 2024
Les ESC 2024 confirment le principe de bithérapie d'emblée chez la majorité des patients, en privilégiant la combinaison fixe (single-pill combination) pour améliorer l'observance.
Exceptions où monothérapie possible : sujet âgé fragile, HTA grade 1 à faible risque, certains effets indésirables anticipés.
| Combinaison préférée | Exemples (Tunisie) | Indications |
|---|---|---|
| IEC ou ARA2 + Inhibiteur calcique | Périndopril/Amlodipine, Valsartan/Amlodipine | Première intention chez la plupart |
| IEC ou ARA2 + Diurétique thiazidique | Périndopril/Indapamide, Losartan/HCT | HTA + œdèmes, sujet âgé, IC |
| IEC/ARA2 + ICA + Thiazidique | Triple combinaison fixe | HTA non contrôlée sous bithérapie |
| + Spironolactone | 25-50 mg/j | HTA résistante (4ᵉ ligne) |
Cible tensionnelle : la stratégie « opt-out »
Pour la plupart des patients, viser une PAS entre 120 et 129 mmHg si la cible est tolérée. Pour la PAD, < 80 mmHg.
| Population | Cible PAS | Cible PAD |
|---|---|---|
| Adulte général HTA | 120-129 mmHg | < 80 mmHg |
| Sujet âgé robuste < 85 ans | 120-129 mmHg si toléré | < 80 mmHg |
| Sujet âgé fragile ou ≥ 85 ans | < 140 mmHg | < 90 mmHg |
| Diabète, IRC, post-AVC | 120-129 mmHg | < 80 mmHg |
| HTA + intolérance | < 140 mmHg | < 90 mmHg |
SGLT2i et HTA : la nouveauté
Les inhibiteurs du SGLT2 (dapagliflozine, empagliflozine) sont désormais recommandés en cas d'HTA associée à : DT2, insuffisance cardiaque, IRC (DFG ≥ 20). Effet anti-HTA modéré (-3 à -5 mmHg) mais bénéfice cardio-rénal majeur.
Rythme du suivi
- Initiation : contrôle PA à 2-4 semaines
- Adaptation : contrôle à 4-8 semaines après chaque changement
- Patient stable contrôlé : tous les 3-6 mois
- Bilan annuel : ionogramme, créat, glycémie, EAL, BU, ECG si modifications
- Auto-mesure : 1 série de 7 jours avant chaque consultation de suivi
HTA résistante
PA non contrôlée malgré ≥ 3 antihypertenseurs (dont un diurétique) à doses optimales. Démarche :
- Vérifier l'observance
- Éliminer une pseudo-résistance (effet blouse blanche)
- Rechercher une HTA secondaire (hyperaldostéronisme +++, SAOS, sténose A. rénale)
- Optimiser le traitement : ajout de spironolactone 25-50 mg
- Discuter une dénervation rénale (centre expert) — Classe IIb 2024
- Confirmer l'HTA hors cabinet (MAPA / HBPM) avant de traiter
- Nouvelle catégorie « PA élevée » 120-139/70-89 : à traiter si haut risque CV
- Cible PAS 120-129 mmHg chez la majorité (stratégie opt-out)
- Bithérapie d'emblée en combinaison fixe pour l'observance
- Dépistage systématique de l'hyperaldostéronisme chez tout HTA
- SGLT2i si HTA + DT2/IRC/IC
Le cas
Comment confirmer l'HTA non contrôlée ? Quel objectif viser ? Quelle stratégie thérapeutique ? Cinq questions pour structurer votre raisonnement.
Confirmer le diagnostic
Nouvelle classification
Objectif tensionnel
Stratégie thérapeutique
Bilan associé
L'arbre décisionnel
+ Mesures hygiéno-diététiques
puis + Spironolactone (HTA résistante)
Auto-mesure régulière
Pas de traitement médicamenteux
Mesures hygiéno-diététiques
Infections urinaires
D'après IDSA 2025 Clinical Practice Guideline · Complicated Urinary Tract Infections (Trautner et al.)
Le cours
Épidémiologie
Les infections urinaires (IU) sont l'une des infections bactériennes les plus fréquentes en médecine générale. Une femme sur deux aura au moins un épisode au cours de sa vie ; chez l'homme, le risque est plus faible (~14 %) mais augmente nettement après 50 ans.
Le germe principal est Escherichia coli (70-90 % des cystites simples), suivi par Proteus mirabilis, Klebsiella pneumoniae, Staphylococcus saprophyticus. La résistance bactérienne (notamment aux fluoroquinolones et au TMP-SMX) augmente fortement, justifiant une refonte des recommandations IDSA en juillet 2025.
La nouvelle classification IDSA 2025
L'IDSA a simplifié la classification en se basant sur des éléments cliniques observables au point de soins, plutôt que sur des facteurs anatomiques :
| Type | Définition | Cliniquement |
|---|---|---|
| IU non compliquée (cystite simple) | Infection limitée à la vessie | Brûlures, pollakiurie, urgenturie Sans fièvre, lombalgie, signe systémique |
| IU compliquée | Infection ayant dépassé la vessie | Fièvre, frissons, lombalgie, sepsis Pyélonéphrite, présence de cathéter |
Cas particuliers à connaître
- Bactériurie asymptomatique : présence de bactéries sans symptôme. Ne se traite pas, sauf : grossesse, geste urologique invasif programmé.
- Cystite récidivante : ≥ 2 épisodes/6 mois ou ≥ 3 épisodes/an. Bilan urologique.
- IU homme : toujours faire un ECBU. Souvent associée à une atteinte prostatique.
- IU sur sonde : très fréquente. Ne traiter que si symptomatique. Retirer ou changer la sonde.
- Pyélonéphrite : forme typique d'IU compliquée. Fièvre + lombalgie + signes urinaires.
Cystite simple : diagnostic clinique
Chez la femme, devant des signes urinaires bas (brûlures, pollakiurie, impériosité) sans fièvre ni douleur lombaire, le diagnostic repose sur :
- L'interrogatoire et l'examen clinique (apyrétique, pas de douleur lombaire)
- La bandelette urinaire (BU) : leucocytes (+) et/ou nitrites (+) sur 1ʳᵉ miction du matin (ou ≥ 4 h après)
Interprétation BU : Leucocytes (+) ET nitrites (+) = très évocateur ; Leucocytes (+) seuls = possible ; BU complètement négative = très bonne valeur prédictive négative.
Quand faire un ECBU ?
L'ECBU n'est pas systématique pour une cystite simple chez la femme. Indications absolues :
- Grossesse
- Échec du traitement de 1ʳᵉ intention
- Cystite récidivante (≥ 2/6 mois ou ≥ 3/an)
- Terrain particulier (diabète déséquilibré, immunodépression sévère)
- Toujours chez l'homme
- Suspicion d'IU compliquée (fièvre, lombalgie)
- Pyélonéphrite (avant antibiothérapie)
- Sondage urinaire avec symptômes
Seuils de positivité ECBU : leucocyturie ≥ 10⁴/mL + bactériurie ≥ 10³/mL chez la femme symptomatique (E. coli) ; ≥ 10⁵/mL pour les autres germes.
Quand faire une imagerie ?
- Cystite simple : aucune imagerie
- Cystite récidivante : échographie rénale et vésicale
- Pyélonéphrite simple : échographie dans les 24 h pour éliminer obstacle
- Pyélonéphrite compliquée / sepsis : uroscanner
- IU homme récidivante : échographie endo-rectale, uroscanner
Cystite simple : 1ʳᵉ ligne
Les antibiotiques de 1ʳᵉ intention sont ceux qui combinent excellente efficacité, faible résistance, peu d'effets secondaires, et préservation des autres antibiotiques.
| Antibiotique | Posologie | Durée | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Fosfomycine-trométamol | 3 g PO | Dose unique | 1ʳᵉ ligne · Monuril® · à jeun, le soir, après miction |
| Nitrofurantoïne | 100 mg × 2/j PO | 5 jours | 1ʳᵉ ligne · CI si DFG < 30, fin de grossesse |
| Pivmécillinam | 400 mg × 3/j PO | 5 jours | 2ᵉ ligne · disponibilité variable |
- Fluoroquinolones : risques d'EI graves (tendinopathies, anévrysmes aortiques, troubles psychiatriques, allongement QT).
- Amoxicilline et amoxicilline-clavulanate : taux de résistance élevés (> 30 %).
- TMP-SMX : utilisable seulement si résistance locale < 20 %.
- C3G orales : sélection forte de BLSE.
Pyélonéphrite aiguë / IU compliquée sans gravité
Démarche en 4 étapes : (1) ECBU avant ATB, (2) bilan minimal, (3) ATB probabiliste, (4) imagerie selon contexte.
| Antibiotique probabiliste | Posologie | Durée totale |
|---|---|---|
| Ceftriaxone (C3G) | 1 g IM ou IV/j | 7 jours (avec relais PO) |
| Ciprofloxacine PO | 500 mg × 2/j | 5-7 jours |
| Lévofloxacine PO | 500-750 mg/j | 5-7 jours |
Choix de la fluoroquinolone : uniquement si pas d'exposition aux FQ dans les 12 derniers mois. Vérifier l'antibiogramme dès qu'il est disponible.
IU compliquée avec sepsis
- Hospitalisation
- Antibiothérapie IV : C3G (ceftriaxone, céfépime) ± aminoside (gentamicine 5-7 mg/kg ×1/j pendant 48-72 h)
- Si suspicion de BLSE : carbapénème (imipénème, méropénème, ertapénème)
- Adaptation rapide selon l'antibiogramme
Switch IV → PO et durée
- Amélioration clinique (apyrexie depuis ≥ 24-48 h, hémodynamique stable)
- Tolérance digestive de la voie orale
- Disponibilité d'un antibiotique oral efficace selon l'antibiogramme
Durées raccourcies (IDSA 2025) : 5-7 jours si fluoroquinolone, 7 jours si non-fluoroquinolone. 7 jours si bactériémie associée. Cette durée s'applique même chez l'homme (avant on traitait 14-21 jours).
Cystite récidivante
Définition : ≥ 2 épisodes en 6 mois ou ≥ 3 épisodes/an. Démarche :
- ECBU à chaque épisode avec antibiogramme
- Bilan urologique : échographie rénale et vésicale (résidu post-mictionnel)
- Mesures préventives :
- Hydratation abondante (≥ 1,5 L/j)
- Mictions régulières, miction post-coïtale
- Hygiène intime : essuyage d'avant en arrière
- Lutter contre la constipation
- Canneberge (cranberry) : niveau de preuve faible
- Œstrogènes locaux chez la femme ménopausée (preuves modérées)
- Antibioprophylaxie à discuter en dernier recours
IU et grossesse
Toute bactériurie doit être traitée, même asymptomatique.
- BU systématique à chaque consultation prénatale, ECBU si BU positive
- ECBU systématique au 4ᵉ mois
- Antibiotiques utilisables : pivmécillinam, fosfomycine, nitrofurantoïne (sauf en fin de grossesse), C3G
- Contre-indiqués : fluoroquinolones, tétracyclines, sulfamides au 3ᵉ trimestre
- Durée : 7 jours pour cystite (pas de dose unique)
IU chez l'homme
Toute IU chez l'homme est considérée comme potentiellement compliquée (atteinte prostatique fréquente).
- ECBU systématique avant antibiothérapie
- Examen clinique : TR pour rechercher prostatite
- Antibiothérapie : fluoroquinolone ou TMP-SMX (bonne diffusion prostatique) selon antibiogramme
- Durée : 7 jours pour cystite simple (IDSA 2025), 14 jours si prostatite, jusqu'à 21-28 jours si prostatite chronique
- Bilan urologique si récidive
IU sur sonde
- Bactériurie asymptomatique sur sonde : ne pas traiter
- Traiter uniquement si signes cliniques (fièvre, sepsis)
- Retirer ou changer la sonde avant ECBU
- Limiter l'usage des sondes au strict nécessaire
Critères de gravité imposant l'hospitalisation
- Sepsis ou choc septique
- Vomissements empêchant la voie orale
- Doute diagnostique
- Immunodépression sévère
- Obstacle urinaire (lithiase, tumeur)
- Échec d'un traitement ambulatoire
- Conditions sociales défavorables
- Femme enceinte avec PNA
Le cas
Classification
Examens
Traitement 1ʳᵉ ligne
Évolution défavorable
Durée et switch
L'arbre décisionnel
OU Nitrofurantoïne 100 mg ×2 × 5 j
C3G IV ± aminoside
OU Ciprofloxacine 500 ×2 PO
7 j total · switch PO précoce
| Situation | 1ʳᵉ ligne | Durée |
|---|---|---|
| Cystite simple femme | Fosfomycine 3 g PO | Dose unique |
| PNA sans gravité | Ceftriaxone 1 g/j IM/IV → PO | 7 j total |
| IU compliquée + sepsis | C3G IV ± aminoside | 7-10 j |
| IU homme | FQ ou TMP-SMX selon ECBU | 7 j (cystite) à 14 j (prostatite) |
Bronchiolite du nourrisson
D'après AAP Bronchiolitis Clinical Practice Guideline (Ralston 2014, réaffirmée 2024) + AAP RSV Prevention Policy 2025
Le cours
Définition
La bronchiolite aiguë est une infection virale aiguë des voies respiratoires inférieures touchant le nourrisson de 1 à 23 mois, caractérisée par une obstruction des petites voies aériennes (bronchioles) entraînant une dyspnée expiratoire avec sibilants ou crépitants.
C'est la première cause d'hospitalisation du nourrisson de moins d'un an. Pic épidémique en saison froide (octobre-mars). En Tunisie, la saison s'étale d'octobre à février-mars.
Étiologie virale
| Virus | Fréquence | Particularités |
|---|---|---|
| VRS (virus respiratoire syncytial) | 50-80 % | Cause principale · Formes les plus sévères |
| Rhinovirus | 10-30 % | Souvent associé à VRS · Risque accru d'asthme ultérieur |
| Métapneumovirus humain (hMPV) | 5-10 % | Tableau clinique similaire au VRS |
| Parainfluenza, Influenza, Adénovirus, SARS-CoV-2 | Reste | Co-infections fréquentes |
Physiopathologie en bref
Le virus infecte l'épithélium des bronchioles, entraînant : (1) nécrose et desquamation épithéliale, (2) œdème et hypersécrétion de mucus, (3) obstruction luminale par bouchons muqueux et débris cellulaires. Conséquences : distension thoracique, hypoxémie, épuisement respiratoire.
L'inflammation est essentiellement virale et obstructive, pas bronchospastique — c'est pourquoi les bronchodilatateurs et les corticoïdes sont inefficaces.
Facteurs de risque de forme sévère
- Âge < 3 mois (notamment < 6 semaines)
- Prématurité < 32 SA
- Cardiopathie congénitale hémodynamiquement significative
- Dysplasie bronchopulmonaire
- Immunodéficience
- Maladie neuromusculaire
- Trisomie 21
- Tabagisme passif au domicile
- Absence d'allaitement maternel
- Précarité sociale
Diagnostic clinique
Le diagnostic est exclusivement clinique. Aucun examen complémentaire n'est utile en routine.
Tableau typique :
- Phase initiale (J1-J3) : rhinopharyngite (rhinorrhée, toux sèche, fébricule)
- Phase d'état (J3-J5, pic) : toux + dyspnée expiratoire avec polypnée, tirage, sibilants ± crépitants
- Phase de récupération (J5-J14) : amélioration progressive ; toux résiduelle 2-3 semaines
Évaluation de la sévérité
| Sévérité | FR | Tirage | SpO₂ AA | Alimentation |
|---|---|---|---|---|
| Légère | < 60/min | Absent ou minime | ≥ 95 % | Conservée |
| Modérée | 60-70/min | Modéré | 90-94 % | Diminuée (50-75 %) |
| Sévère | > 70/min ou apnées | Marqué (geignement, BAN) | < 90 % | Refus |
Examens complémentaires : ce qu'il NE faut PAS faire en routine
- Radiographie thoracique : n'améliore pas le pronostic, augmente les ATB inappropriés
- Test viral (PCR, immunofluorescence VRS) : n'influence pas la prise en charge
- NFS, CRP, procalcitonine : non discriminants
- Gaz du sang : sauf forme grave
Indications de la radiographie thoracique :
- Doute diagnostique (cardiopathie, corps étranger, pneumonie focale)
- Aggravation clinique secondaire (suspicion de surinfection)
- Forme sévère ne s'améliorant pas comme attendu
- Foyer auscultatoire focalisé
Diagnostics différentiels à évoquer
- Asthme du nourrisson (≥ 3 épisodes de dyspnée sifflante)
- Pneumonie bactérienne (fièvre élevée, foyer focal)
- Inhalation de corps étranger (début brutal, syndrome de pénétration)
- Cardiopathie congénitale décompensée
- Coqueluche (toux quinteuse, apnées chez le très jeune nourrisson)
- Mucoviscidose ou autre pathologie pulmonaire chronique
Le principe : « Less is more »
La bronchiolite ne se traite pas médicamenteusement. Le mantra de l'AAP est moins en faire, mieux soigner. Les soins de support sont la pierre angulaire.
Ce qui marche : les soins de support
- Désobstruction des voies aériennes supérieures : sérum salé physiologique 0,9 % en gouttes nasales + mouche-bébé, avant chaque biberon et au coucher.
- Hydratation : maintenir un apport hydrique correct ; fractionner les biberons ; sonde gastrique ou voie IV si refus alimentaire majeur
- Position proclive à 30°
- Antipyrétique (paracétamol 15 mg/kg toutes les 6 h) si fièvre > 38,5°C
- Aération de la chambre, hygiène des mains des soignants
- Surveillance par les parents avec consignes de reconsultation claires
Ce qui ne marche pas (à NE PAS prescrire)
| Traitement | Recommandation AAP | Pourquoi ? |
|---|---|---|
| Salbutamol nébulisé / spray | NON recommandé | Pas de bénéfice démontré · Pas de bronchospasme |
| Épinéphrine nébulisée | NON recommandée en routine | Effet temporaire · Ne réduit pas l'admission |
| Corticoïdes systémiques | NON recommandés | Aucun bénéfice (Cochrane) |
| Antibiotiques | NON sauf surinfection bactérienne | Origine virale · Sélection de résistance |
| Kinésithérapie respiratoire | NON recommandée | Inefficace · Stressante pour le nourrisson |
| Sérum salé hypertonique aux urgences | NON | Pas de réduction d'hospitalisation |
| Antitussifs, mucolytiques | NON | Inefficaces et potentiellement dangereux |
Cas particuliers : prescriptions encadrées
- Antibiotiques : uniquement si surinfection bactérienne documentée (pneumonie radiologique focale, OMA purulente, IU associée).
- Salbutamol : un essai unique peut être tenté chez l'enfant > 6 mois avec terrain atopique fort, à interrompre si pas de réponse claire.
Oxygénothérapie
- Indication : SpO₂ < 90 % persistante en air ambiant
- Modalités : lunettes nasales basses ou Hood ; ajuster pour SpO₂ entre 92-96 %
- Surveillance : oxymétrie continue en phase aiguë
- HFNC ou VNI en cas d'échec de l'O₂ standard
Hydratation
- Fractionner les biberons
- Désobstruction nasale avant chaque tétée
- Si refus / vomissements : sonde nasogastrique (préférée à la voie IV chez le nourrisson)
- Voie IV si SNG mal tolérée ou contre-indiquée
Critères d'hospitalisation
- SpO₂ < 90 % persistante en air ambiant
- Détresse respiratoire sévère (FR > 70, tirage marqué, geignement, BAN, cyanose)
- Apnées ou pauses respiratoires
- Refus alimentaire ou hydratation impossible
- Signes de déshydratation
- Terrain à risque : âge < 3 mois, prématuré < 32 SA, cardiopathie, immunodéficience, DBP
- Aggravation rapide ou doute diagnostique
- Conditions sociales défavorables
Critères de sortie d'hospitalisation
- Amélioration du travail respiratoire
- SpO₂ ≥ 92 % en air ambiant pendant ≥ 6 h (y compris pendant le sommeil)
- Hydratation et alimentation orale satisfaisantes
- Parents formés à la surveillance et aux signes d'alerte
- Suivi médical organisé (consultation à 48-72 h)
Conseils aux parents (à expliquer SYSTÉMATIQUEMENT)
Évolution attendue : pic des symptômes à J3-J5, amélioration progressive sur 7-14 jours, toux résiduelle possible 2-3 semaines.
Signes d'alerte imposant la reconsultation immédiate :
- Aggravation de la gêne respiratoire (FR rapide, tirage marqué, geignement, cyanose)
- Refus alimentaire majeur (< 50 % de la ration habituelle)
- Déshydratation (couches sèches, fontanelle déprimée)
- Fièvre > 39°C persistante ou apparition tardive
- Somnolence inhabituelle, irritabilité, hypotonie
- Pauses respiratoires (apnées) — surtout chez le nourrisson de moins de 3 mois
Prévention
Mesures non spécifiques :
- Lavage des mains avec solution hydro-alcoolique avant tout contact avec le nourrisson
- Éviter la fumée de tabac au domicile
- Allaitement maternel exclusif jusqu'à 6 mois
- Limiter l'exposition aux personnes enrhumées en saison épidémique
- Aération régulière des pièces
Prévention spécifique du VRS (révolution 2023-2025) :
| Stratégie | Modalités | Indications |
|---|---|---|
| Nirsévimab (Beyfortus®) | AC monoclonal IM Dose unique Protection ~5-6 mois | Tous nourrissons < 8 mois nés pendant ou avant la saison RSV |
| Vaccination maternelle RSVpreF (Abrysvo®) | 1 dose IM 32-36 SA | Femmes enceintes 32-36 SA en saison VRS |
| Palivizumab (ancien standard) | 15 mg/kg IM 1×/mois pendant la saison | Nourrissons à très haut risque, sans accès au nirsévimab |
Le cas
Diagnostic
Traitement
Hospitalisation
Surveillance
Prévention RSV
L'arbre décisionnel
Pas de radio, pas de test viral, pas de bilan
Pas de DR sévère
Alimentation OK
Désobstruction nasale + hydratation
Éducation parentale
Réévaluation à 24-48 h
Tirage modéré
Alimentation difficile
Hospitalisation si pas d'amélioration
DR sévère / apnées
Refus alimentaire
Terrain à risque
O₂ si SpO₂ < 90 %
Hydratation SNG ou IV
HFNC/VNI si échec O₂
- Diagnostic clinique : pas de radio, pas de test viral, pas de bilan en routine
- Less is more : pas de salbutamol, corticoïdes, antibio, kiné
- Soins de support : désobstruction nasale, hydratation, paracétamol si fièvre
- O₂ uniquement si SpO₂ < 90 % persistante
- Critères d'hospitalisation : sévérité clinique > âge seul
- Éducation parentale : signes d'alerte clairement expliqués
- Prévention RSV : nirsévimab ± vaccination maternelle 32-36 SA